La petite madeleine de Marie Victoire: Soigner le mal de mer

16662_921470842_1_o8678674101Il y a des périodes très difficiles quand on habite dans un domaine viticole : le mois des vendanges, en l’espèce septembre. Le stress est à alors son maximum car les vendangeurs ont une panne d’oreiller, le cinquième « drapeau » fuit, le groupe de froid peine, la benne élévatrice ne s’élève plus, bref la vie. Alors pour me remettre de ces émotions là, celles qui font arriver les cheveux blancs au triple galop, je lis et relis mes auteurs favoris, légers et futiles, graves et profonds. Cette fois ci, en partant gaillardement dans le Grand Nord, alors que les repas de nos héros se limitent à des os broyés dans de l’eau pas trop glacée, ces derniers ayant atteint le fond du fond (ils s’en sortiront rassurez-vous), voilà que je tombe sur LA recette pour calmer le mal de mer.
 
« S’il est un homme qui ait jamais trouvé un nouveau moyen de combattre le mal de mer, je suis cet homme là. J’y ai réussi à force de trop manger. J’étais passager sur un paquebot la première fois que je vis la mer s’assombrir. Un méchant clapotis s’était déclaré au moment du dîner, et je me suis senti tout chose quand on servit la soupe. « Vous êtes malade ? me dit le capitaine. – Un peu capitaine, dis-je. – Voulez-vous essayer de mon remède ? dit le capitaine. – Certainement, capitaine, dis-je. – Avez-vous le gosier serré ? – Pas entièrement. – Laissez-moi vous servir de cette façon de soupe à la tortue. » J’en avalai quelques cuillerées et devins blanc comme une feuille de papier. Le capitaine me regarda : « Allez sur le pont, dit-il ; allez vous débarrasser de ce que vous avez avalé de soupe, et revenez dans la cabine. » J’allai me débarrasser de ma soupe et je revins dans la cabine. « Avalez maintenant de la tête et de l’épaule de morue, dit le capitaine en me servant. – Je ne le pourrai vraiment pas, dis-je. – Il le faut, dit le capitaine, parce que c’est le remède. » J’en avalai à contrecoeur une bouchée et devins plus pâle que jamais. « Allez sur le pont vous débarrasser de la tête de morue et revenez dans la cabine », dit le capitaine. J’allai et je revins. « Maintenant, mangez de ce gigot de mouton garni – il me sert. – Pas de gras, dis-je. – C’est le remède. Il faut en manger. Mangez aussi de ce maigre, c’est encore le remède. Tout va bien ? dit le capitaine. – Je suis malade, dis-je. – Allez sur le pont vous débarrasser de votre mouton garni et revenez dans la cabine. » Je partis en chancelant et je revins plus mort que vif. « Des rognons grillés », dit le capitaine. Je fermai les yeux et les avalai. « C’est le commencement de la guérison, dit le capitaine. Une côtelette d’agneau avec de la saumure. » Je fermai les yeux et je l’avalai. «  Du jambon grillé avec du poivre de Cayenne, dit le capitaine. Un verre de stout et un morceau de tarte à la canneberge. Encore une promenade sur le pont ? – Non, dis-je. – Vous voilà guéri ! dit le capitaine ; ne cédez jamais à votre estomac, et votre estomac finira par vous céder ! »
 

Marie-Victoire Bergot/laradiodugout.fr
 
Source : « Profondeurs glacées » de W. Wilkie Collins, aux éditions Phébus Libretto

4 Responses

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    Sympa ces petites rubriques Marie-Victoire, je ne te connaissais pas ce talent !
    Bravo et au plaisir de te lire.
    Michèle